Bernadette Soubirous et les 18 apparitions de 1858
Les apparitions de Lourdes désignent les dix-huit rencontres que Bernadette Soubirous, quatorze ans, a dit avoir eues avec une « dame » dans la grotte de Massabielle, du 11 février au 16 juillet 1858. Le 25 mars, la dame se nomme « Immaculée Conception ». L’évêque de Tarbes a reconnu ces apparitions le 18 janvier 1862, et Bernadette a été canonisée en 1933.
Bernadette avant 1858
Bernadette naît le 7 janvier 1844 au moulin de Boly, à Lourdes, fille aînée du meunier François Soubirous et de Louise Castérot. Le moulin périclite, la famille s’enfonce dans la misère et finit par loger, en 1857, dans une ancienne prison désaffectée, le « cachot » : une pièce humide de quelques mètres carrés pour six personnes.
Asthmatique, souvent malade, Bernadette ne sait ni lire ni écrire. Elle parle le bigourdan, le parler occitan de la région, et comprend mal le français. Elle a été placée quelque temps comme bergère à Bartrès, un village voisin, et revient à Lourdes au début de 1858 pour préparer sa première communion. Rien ne la distingue des autres enfants pauvres de la ville.
Le cachot se visite toujours, rue des Petits-Fossés. J’y emmène chaque été ceux qui découvrent Lourdes : on comprend mieux la grotte après avoir vu où dormait la famille.
Les dix-huit apparitions
Le déroulé repose sur le témoignage de Bernadette, recueilli par la commission d’enquête diocésaine, et sur les dépositions des témoins de l’époque.
| N° | Date | Fait marquant |
|---|---|---|
| 1 | Jeudi 11 février | En ramassant du bois avec sa sœur et une amie, Bernadette voit une jeune femme vêtue de blanc, une ceinture bleue, une rose jaune sur chaque pied. Elle récite son chapelet. |
| 2 | 14 février | Bernadette jette de l’eau bénite vers la vision, qui sourit. |
| 3 | 18 février | Première parole : la dame demande à Bernadette de lui faire « la grâce » de revenir à la grotte pendant quinze jours. Elle ajoute qu’elle ne promet pas de la rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre. |
| 4 à 7 | 19 au 23 février | La foule grossit. Le commissaire de police interroge Bernadette, qui maintient son récit. |
| 8 | 24 février | Message de pénitence : « Priez Dieu pour les pécheurs. » |
| 9 | 25 février | « Allez boire à la fontaine et vous y laver. » Bernadette gratte le sol boueux ; une source apparaît dans les heures suivantes. Elle alimente aujourd’hui les fontaines et les piscines de Lourdes. |
| 10 à 12 | 27 février au 1er mars | Bernadette embrasse le sol en signe de pénitence ; la foule l’imite. |
| 13 | 2 mars | La dame charge Bernadette de dire aux prêtres que l’on vienne en procession et que l’on bâtisse une chapelle. La procession aux flambeaux du soir répond, selon le sanctuaire, à cette demande. |
| 14 et 15 | 3 et 4 mars | Fin de la quinzaine, devant des milliers de personnes. Le curé exige de connaître le nom de la dame. |
| 16 | 25 mars | « Que soy era Immaculada Councepciou » : « Je suis l’Immaculée Conception ». |
| 17 | 7 avril | Pendant l’extase, la flamme du cierge lèche la main de Bernadette sans la brûler, selon le médecin présent. |
| 18 | 16 juillet | Grotte fermée par une palissade, Bernadette prie de l’autre côté du Gave. Elle dit n’avoir jamais vu la dame aussi belle. |
« Je suis l’Immaculée Conception »
Le 25 mars, fête de l’Annonciation, Bernadette demande son nom à la dame à plusieurs reprises. La réponse vient en bigourdan. Bernadette répète la phrase tout le long du chemin pour ne pas l’oublier et court la dire à l’abbé Peyramale, le curé de Lourdes, sans en comprendre le sens.
Le curé, jusque-là très sceptique, est bouleversé. Quatre ans plus tôt, en 1854, le pape Pie IX a proclamé le dogme de l’Immaculée Conception, selon lequel Marie a été préservée du péché originel dès sa conception. Qu’une enfant illettrée emploie cette expression théologique, alors peu connue dans les campagnes, pèse lourd dans la suite de l’enquête. C’est aussi pour cette raison que la basilique principale du sanctuaire porte ce nom.
L’enquête et la reconnaissance de 1862
Les autorités civiles voient d’abord dans ces rassemblements un trouble à l’ordre public : interrogatoires, fermeture de la grotte par une palissade en juin, procès-verbaux pour les contrevenants. La palissade est retirée en octobre 1858 sur décision de l’empereur Napoléon III.
Côté Église, Mgr Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes, institue une commission d’enquête en juillet 1858. Elle interroge Bernadette à plusieurs reprises, recueille les témoignages et examine les premières guérisons attribuées à l’eau de la source. Le 18 janvier 1862, l’évêque publie un mandement : il juge que la Vierge Marie est réellement apparue à Bernadette et autorise le culte à la grotte. C’est la reconnaissance officielle des apparitions, dans les termes que l’Église réserve à ce type de jugement : le culte est autorisé, les fidèles peuvent y croire, sans y être obligés.
Le même mandement reconnaît sept guérisons comme miraculeuses, dont celle de Catherine Latapie, survenue en mars 1858. Elles ouvrent la liste des 72 guérisons reconnues à ce jour, la dernière en 2025.
Après les apparitions : Bernadette à Nevers
Bernadette refuse toute récompense et supporte mal la curiosité des visiteurs. Elle est accueillie à l’hospice tenu à Lourdes par les sœurs de la Charité de Nevers, y apprend à lire et à écrire, puis entre en 1866 dans leur maison mère, le couvent Saint-Gildard, à Nevers. Elle y prend le nom de sœur Marie-Bernard.
Sa vie religieuse est discrète : infirmière puis sacristine, souvent malade, elle meurt le 16 avril 1879, à trente-cinq ans, sans être revenue à Lourdes. Son corps, exhumé lors du procès de béatification, repose dans une châsse de verre dans la chapelle de l’Espace Bernadette, à Nevers, que de nombreux groupes visitent sur la route de Lourdes ou en pèlerinage spécifique.
Pie XI la béatifie en 1925 et la canonise le 8 décembre 1933. Elle est fêtée le 18 février en France et le 16 avril dans le calendrier romain. L’Église la canonise pour l’humilité et la fidélité de sa vie, non pour les apparitions elles-mêmes, un point que les guides du sanctuaire rappellent souvent.
Sur les pas de Bernadette à Lourdes
Un circuit d’environ deux heures à pied relie les lieux de sa vie :
- le moulin de Boly, maison natale ;
- le cachot, où vivait la famille en 1858 ;
- l’église paroissiale du Sacré-Cœur, qui conserve les fonts baptismaux de Bernadette ;
- l’hospice des sœurs de Nevers, où elle a vécu de 1860 à 1866 ;
- la grotte de Massabielle, bien sûr, puis la prairie d’où elle a vu la dix-huitième apparition.
Le village de Bartrès, à quelques kilomètres, garde la bergerie et la maison où elle a été placée enfant. Je conseille d’y aller à pied par le chemin balisé, une heure environ depuis Lourdes : la marche prolonge la prière.
Lourdes parmi les apparitions reconnues
Les apparitions de Lourdes s’inscrivent, parmi les grands sanctuaires mariaux, dans une série de manifestations reconnues aux XIXe et XXe siècles : la rue du Bac en 1830, La Salette en 1846, Pontmain en 1871, puis Fatima en 1917, Beauraing et Banneux en 1932-1933. L’Église n’en reconnaît qu’une petite minorité parmi les centaines de cas signalés. À chaque fois, le jugement revient à l’évêque du lieu, après enquête, et n’impose pas la croyance aux fidèles.
Questions de pèlerins
Combien de fois la Vierge est-elle apparue à Bernadette ?
Bernadette a rapporté dix-huit apparitions entre le 11 février et le 16 juillet 1858, toutes à la grotte de Massabielle. La dernière a eu lieu alors que la grotte était fermée : Bernadette priait sur l'autre rive du Gave.
Quand les apparitions de Lourdes ont-elles été reconnues ?
Le 18 janvier 1862, par un mandement de Mgr Laurence, évêque de Tarbes, au terme d'une enquête ouverte en juillet 1858. Le même texte reconnaît sept guérisons comme miraculeuses.
Où est enterrée Bernadette Soubirous ?
Elle n'est pas enterrée : son corps repose dans une châsse vitrée dans la chapelle de l'Espace Bernadette, à Nevers, l'ancien couvent Saint-Gildard. Le lieu est ouvert aux pèlerins toute l'année.
Que veut dire « Que soy era Immaculada Councepciou » ?
La phrase, en bigourdan, signifie « Je suis l'Immaculée Conception ». C'est la réponse que la dame aurait donnée à Bernadette le 25 mars 1858, quand celle-ci lui a demandé son nom à la demande du curé de Lourdes.