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ILe pèlerinage

Histoire du pèlerinage chrétien, d’Égérie aux JMJ

Par Jacques · mis à jour le 26 octobre 2026 · 6 min de lecture

L’histoire du pèlerinage chrétien commence au IVe siècle, quand la fin des persécutions permet aux fidèles de voyager librement vers Jérusalem et Rome. Elle traverse le Moyen Âge avec Compostelle et les jubilés, recule au moment de la Réforme et des Lumières, puis renaît au XIXe siècle avec le train et les grands sanctuaires mariaux. Le XXe siècle y ajoute la marche retrouvée et les rassemblements de jeunes.

IVe siècle : Jérusalem et les premiers récits

Avant l’empereur Constantin, des chrétiens visitent déjà les lieux de l’Évangile, mais discrètement. Après 313, tout change. L’impératrice Hélène, mère de Constantin, se rend en Palestine vers 326 ; la tradition lui attribue la découverte de la Croix. Les grandes basiliques sortent de terre : le Saint-Sépulcre à Jérusalem, la Nativité à Bethléem, l’Éléona sur le mont des Oliviers.

En 333, un pèlerin anonyme parti de Bordeaux note les étapes et les distances de son voyage jusqu’à Jérusalem : l’itinéraire de Bordeaux est le plus ancien guide chrétien conservé. Quelques décennies plus tard, vers 381-384, une femme venue sans doute de Galice ou du sud de la Gaule, Égérie, écrit à ses « sœurs » le récit de trois ans de voyage. Elle décrit la liturgie de Jérusalem semaine après semaine, le Sinaï, la Mésopotamie. Son texte, retrouvé en 1884 dans une bibliothèque d’Arezzo, reste une source majeure pour les liturgistes.

Saint Jérôme, installé à Bethléem à la fin du IVe siècle, accueille des pèlerins romains et les met en garde contre l’idée qu’il suffirait de voir les lieux pour être sauvé. Le débat sur le sens du pèlerinage est donc aussi ancien que le pèlerinage lui-même.

Rome, ville des apôtres et des martyrs

Rome attire pour une raison simple : les tombes de Pierre et de Paul. Constantin fait bâtir une basilique sur la tombe présumée de Pierre, au Vatican, et une autre sur celle de Paul, sur la route d’Ostie. Les pèlerins descendent aussi dans les catacombes, où reposent de nombreux martyrs. Au haut Moyen Âge, des moines irlandais et anglo-saxons font le voyage ; les « romieux » donnent leur nom à de nombreux chemins de France.

En 1300, le pape Boniface VIII proclame la première année sainte : une indulgence plénière est promise aux pèlerins qui visitent les basiliques des apôtres. L’afflux est tel que les chroniqueurs parlent de foules jamais vues. Le jubilé, ordinaire tous les vingt-cinq ans depuis 1475, structure depuis lors le calendrier romain.

Le Moyen Âge, âge d’or des routes

Vers 820-830, la tradition situe en Galice la découverte d’un tombeau identifié comme celui de l’apôtre Jacques le Majeur. Le sanctuaire grandit vite. En 950, Godescalc, évêque du Puy, fait le voyage : c’est le premier pèlerin étranger dont le nom est connu. Au XIIe siècle, le Codex Calixtinus contient un « guide du pèlerin » attribué au Poitevin Aymeri Picaud, qui décrit quatre routes à travers la France, dont celle du Puy et celle de Vézelay.

Le Moyen Âge multiplie les destinations secondaires : Rocamadour, le Mont-Saint-Michel, Saint-Martin de Tours, Conques et ses reliques de sainte Foy, Cantorbéry après le martyre de Thomas Becket. On part pour accomplir un vœu, expier une faute, obtenir une guérison. Certains tribunaux et confesseurs imposent un pèlerinage comme peine. Un réseau d’hôpitaux, de confréries et de ponts se met en place pour accueillir les marcheurs.

Les croisades, à partir de 1095, se pensent elles aussi comme des pèlerinages armés vers Jérusalem. Elles ouvrent un épisode violent, que l’Église catholique a revisité avec regret à la fin du XXe siècle.

Du XVIe au XVIIIe siècle : contestation et repli

La Réforme protestante critique durement les pèlerinages, associés aux indulgences et au commerce des reliques. Luther y voit une fausse piété, Calvin publie en 1543 un traité moqueur sur les reliques. Dans les pays passés au protestantisme, les sanctuaires ferment ou disparaissent. Les guerres de Religion rendent les routes dangereuses en France.

Côté catholique, le concile de Trente défend la vénération des saints et des reliques tout en encadrant les abus. Des pèlerinages locaux se maintiennent, souvent liés aux confréries et aux paroisses. Au XVIIIe siècle, les autorités royales se méfient des errants qui se disent pèlerins, et la Révolution ferme de nombreux sanctuaires.

Le XIXe siècle : trains, apparitions et foules

Le renouveau est spectaculaire. Les apparitions de la rue du Bac à Paris en 1830, de La Salette en 1846 et de Lourdes en 1858 font naître des sanctuaires que le chemin de fer rend accessibles. La ligne qui dessert Lourdes ouvre en 1866 et transforme une petite ville pyrénéenne en destination internationale.

En 1873, les assomptionnistes lancent le pèlerinage national, qui conduit chaque année des milliers de fidèles et de malades à Lourdes autour du 15 août. La même année, une foule considérable se rassemble à Paray-le-Monial autour du Sacré-Cœur. Ars, où le curé Jean-Marie Vianney confessait des heures par jour, attire déjà des foules de son vivant. Lisieux devient un grand sanctuaire après la mort de Thérèse en 1897.

Ces pèlerinages de masse ont une dimension politique dans la France de l’époque, marquée par les tensions entre catholiques et républicains. Pour les pèlerins, ils sont surtout l’occasion de voyager pour la première fois, souvent loin de leur village.

Le XXe siècle : la marche et les jeunes

En 1912 et 1913, Charles Péguy marche de Paris à Chartres. Des étudiants reprennent son itinéraire dans les années 1930 ; le pèlerinage de Chartres de la Pentecôte en est l’héritier, sous plusieurs formes. Après la Seconde Guerre mondiale, des groupes de jeunes marchent vers Vézelay en portant des croix, et Taizé commence à accueillir des milliers de visiteurs.

La redécouverte de Compostelle à pied date surtout des années 1970-1980. En 1987, le Conseil de l’Europe fait des chemins de Compostelle son premier itinéraire culturel européen ; l’Unesco inscrit des chemins espagnols en 1993, puis des monuments et tronçons français en 1998. Le nombre de marcheurs explose : la Compostela, certificat délivré à Saint-Jacques, se compte désormais en centaines de milliers chaque année.

Jean-Paul II, lui-même grand voyageur, lance les Journées mondiales de la jeunesse : la première rencontre diocésaine a lieu à Rome en 1986, la première internationale à Buenos Aires en 1987. Les JMJ rassemblent depuis des centaines de milliers, parfois des millions de jeunes, de Paris en 1997 à Lisbonne en 2023 ; la prochaine édition est prévue à Séoul en 2027.

Le pèlerinage aujourd’hui

Le XXIe siècle mêle toutes ces couches. Je croise sur les routes des marcheurs qui portent une coquille médiévale, un téléphone avec une application de guidage et une crédenciale tamponnée chaque soir. Les grands sanctuaires reçoivent des millions de visiteurs, les chemins se balisent dans toute l’Europe, et la démarche attire aussi des personnes éloignées de l’Église, en quête de silence ou de rupture avec un rythme trop rapide.

Le cœur de la pratique, lui, ressemble beaucoup à celui d’Égérie : quitter sa maison, aller vers un lieu où d’autres ont prié avant soi, y prier à son tour, puis rentrer transformé, ne serait-ce qu’un peu.

Questions de pèlerins

Quel est le plus ancien pèlerinage chrétien ?

Le pèlerinage vers Jérusalem et les lieux de la vie de Jésus est le plus ancien. Il se développe nettement au IVe siècle, après la paix de l'Église sous Constantin. Le récit d'Égérie et l'itinéraire de Bordeaux en sont les premiers témoins écrits.

Quand a commencé le pèlerinage de Compostelle ?

La tradition situe la découverte du tombeau de saint Jacques vers 820-830. Le premier pèlerin étranger connu, Godescalc, évêque du Puy, fait le voyage en 950. Les routes s'organisent surtout aux XIe et XIIe siècles.

Pourquoi les protestants ne font-ils pas de pèlerinage ?

Les réformateurs du XVIe siècle ont rejeté les pèlerinages liés aux indulgences et au culte des reliques. Aujourd'hui, de nombreux protestants marchent pourtant vers Compostelle ou se rendent à Taizé, en donnant à la démarche un sens de méditation et de prière plutôt que de vénération d'un lieu.

Quand ont eu lieu les premières JMJ ?

La première Journée mondiale de la jeunesse s'est tenue à Rome en 1986, au niveau diocésain. Le premier grand rassemblement international a eu lieu à Buenos Aires en 1987, à l'initiative de Jean-Paul II.

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