Lire le contenu

ILe pèlerinage

Le pèlerinage dans la Bible : Abraham, l’Exode, les psaumes

Par Jacques · mis à jour le 26 octobre 2026 · 5 min de lecture

Dans la Bible, le pèlerinage commence par un départ : Abraham quitte son pays sur l’appel de Dieu, sans savoir où il va. L’Exode, les montées annuelles au Temple de Jérusalem, chantées dans les psaumes, puis le dernier voyage de Jésus vers la ville sainte donnent ensuite à la marche vers Dieu sa forme et son vocabulaire. Les pèlerins chrétiens d’aujourd’hui lisent souvent ces textes en route.

Abraham, le premier à partir

Le livre de la Genèse (chapitre 12) rapporte la parole adressée à Abram : « Va, quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je te montrerai. » Abraham part d’Harrân avec Sara et Loth et devient un nomade sous la tente. La lettre aux Hébreux, dans le Nouveau Testament, fait de lui le modèle du croyant qui « partit sans savoir où il allait ».

Les patriarches qui suivent bâtissent des autels là où Dieu s’est manifesté. Jacob, après son rêve de l’échelle, dresse une pierre à Béthel et promet d’y revenir. Ces lieux de mémoire, où l’on retourne pour prier, annoncent les sanctuaires.

L’Exode, quarante ans de marche

La sortie d’Égypte est le grand récit de route de l’Ancien Testament. Le peuple hébreu traverse la mer, campe au pied du Sinaï où il reçoit la Loi, puis erre quarante ans dans le désert avant d’entrer en Canaan. La nourriture tombe chaque matin sous forme de manne, l’eau jaillit du rocher, et la présence de Dieu accompagne le camp dans une nuée le jour et une colonne de feu la nuit.

Ce récit nourrit toute la spiritualité chrétienne de la marche : l’épreuve du désert, la dépendance au jour le jour, la tentation de faire demi-tour vers les « marmites d’Égypte ». Les pèlerins qui vont au Sinaï montent de nuit au sommet du Djebel Moussa, que la tradition identifie à la montagne de la Loi, pour y voir le lever du soleil.

Le prophète Élie refait ce chemin à sa manière : épuisé, il marche quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, où Dieu se manifeste à lui dans « le murmure d’une brise légère » (premier livre des Rois, chapitre 19).

Trois fêtes de pèlerinage à Jérusalem

Le Deutéronome (16, 16) prescrit à tout homme d’Israël de « paraître devant le Seigneur » trois fois par an, au lieu que Dieu a choisi. Une fois le Temple construit par Salomon, ce lieu devient Jérusalem.

Fête Nom hébreu Mémoire et saison
La Pâque Pessah Sortie d’Égypte, au printemps
Les Semaines Chavouot Moisson, puis don de la Loi, cinquante jours après la Pâque
Les Tentes Soukkot Vie sous la tente au désert, à l’automne

Avant même le Temple, le premier livre de Samuel montre Elqana et Anne monter chaque année au sanctuaire de Silo, où Anne prie pour avoir un enfant. Les pèlerinages juifs mêlent déjà la fête collective et la demande personnelle, deux dimensions que l’on retrouve aujourd’hui dans n’importe quel sanctuaire chrétien.

Les psaumes des montées

Quinze psaumes, numérotés 120 à 134 dans les bibles qui suivent l’hébreu (119 à 133 dans la numérotation grecque et latine), portent le titre « chant des montées ». On pense qu’ils accompagnaient la route des pèlerins vers Jérusalem, ville perchée qu’on rejoint toujours en montant.

  • Le psaume 121 (120) : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? »
  • Le psaume 122 (121) : « Quelle joie quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur ! »
  • Le psaume 133 (132) : « Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères de vivre ensemble. »

Le psaume 84 (83), hors de cette série, chante aussi les pèlerins : « Heureux les hommes dont tu es la force : des chemins s’ouvrent dans leur cœur. » Ces textes restent au répertoire de bien des groupes qui partent en Terre Sainte et prient en approchant de Jérusalem.

Jésus, pèlerin de Jérusalem

L’Évangile de Luc raconte que Marie et Joseph montaient chaque année à Jérusalem pour la Pâque. À douze ans, Jésus reste au Temple à l’insu de ses parents, qui le cherchent trois jours. L’Évangile de Jean le montre monter à Jérusalem pour plusieurs fêtes, dont celle des Tentes.

Luc compose une grande partie de son récit comme une montée : à partir du chapitre 9, Jésus « prit résolument la route de Jérusalem », où l’attendent la Passion et la résurrection. Les pèlerins qui marchent aujourd’hui de la Galilée vers Jérusalem refont, en car ou à pied, le trajet que l’Évangile décrit.

Après la résurrection, deux disciples marchent vers Emmaüs, abattus. Un inconnu les rejoint, leur explique les Écritures, et ils le reconnaissent au moment où il rompt le pain. L’épisode d’Emmaüs est sans doute le texte le plus lu dans les groupes de pèlerins : on y retrouve la fatigue, la conversation en chemin, la rencontre et le repas partagé.

Le chrétien, étranger et voyageur

Le livre des Actes s’ouvre sur une foule de Juifs pieux venus de toutes les nations à Jérusalem pour la Pentecôte : ce sont des pèlerins qui entendent la première prédication des apôtres. Paul, lui, sillonne la Méditerranée sur des milliers de kilomètres.

La lettre aux Hébreux (11, 13) et la première lettre de Pierre (2, 11) décrivent les croyants comme des « étrangers et voyageurs » sur la terre. Cette image a donné au christianisme une idée simple : toute la vie est un pèlerinage. Saint Augustin parle de la Cité de Dieu « en pèlerinage » dans ce monde, et le concile Vatican II définit l’Église comme un peuple en marche.

Lire la Bible sur les lieux mêmes

Dès le IVe siècle, Égérie note que les chrétiens de Jérusalem lisent à chaque endroit le passage de l’Écriture qui s’y rapporte. Les pèlerinages en Terre Sainte gardent cette habitude : on lit les Béatitudes au-dessus du lac de Tibériade, le récit de la Nativité à Bethléem, celui de l’agonie au jardin de Gethsémani. J’ai vu des pèlerins pourtant habitués à la messe découvrir, sur place, des versets qu’ils pensaient connaître.

Cette lecture sur le terrain vaut aussi pour la préparation spirituelle d’un voyage plus proche : un passage biblique choisi avant le départ donne un fil à la route, qu’on aille à Lourdes, à Rome ou sur un sentier balisé de coquilles.

Questions de pèlerins

Quels sont les psaumes des montées ?

Ce sont les psaumes 120 à 134 selon la numérotation hébraïque, soit 119 à 133 dans la numérotation grecque et latine. Ils portent tous le titre « chant des montées » et accompagnaient, selon l'interprétation la plus courante, les pèlerins en route vers Jérusalem.

Quelles étaient les trois fêtes de pèlerinage dans la Bible ?

La Pâque (Pessah), la fête des Semaines (Chavouot) et la fête des Tentes (Soukkot). Le Deutéronome demande aux hommes d'Israël de se présenter au sanctuaire lors de ces trois fêtes.

Jésus a-t-il fait des pèlerinages ?

Oui, selon les Évangiles. Luc rapporte qu'il monte à Jérusalem avec ses parents à douze ans pour la Pâque, et Jean le montre à Jérusalem lors de plusieurs fêtes juives. Son dernier voyage vers la ville sainte occupe une large partie de l'Évangile de Luc.

Quel texte biblique lire pendant un pèlerinage ?

Les groupes choisissent souvent le récit des disciples d'Emmaüs, l'appel d'Abraham ou les psaumes des montées. Le psaume 122 (121), « Quelle joie quand on m'a dit », est aussi très chanté à l'arrivée dans un sanctuaire.

Poursuivre la route