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Coquille, bourdon, médaille : les objets du pèlerin

Par Jacques · · 4 min de lecture

Coquille Saint-Jacques de pèlerin percée de deux trous pour être cousue sur le vêtement ou le sac, sur fond noir
Coquille Saint-Jacques de pèlerin, percée pour être portée en chemin. Source : Wikimedia Commons / Musée Carnavalet – Paris Musées / CC0

La coquille Saint-Jacques du pèlerin est le signe de reconnaissance de ceux qui marchent vers Compostelle depuis le Moyen Âge : rapportée des plages de Galice comme preuve du voyage, elle s’accroche aujourd’hui au sac dès le départ. Avec le bourdon, la besace, la médaille et le chapelet, elle forme la panoplie d’objets qui distinguent le pèlerin du simple voyageur, chacun porteur d’un sens précis dans la tradition.

La coquille, de la Galice au sac à dos

La coquille est celle de la Pecten maximus, abondante sur les côtes galiciennes. Au XIIe siècle, le Codex Calixtinus, recueil consacré à saint Jacques, mentionne déjà les coquilles que les pèlerins rapportent de Compostelle et en donne une lecture spirituelle : ses rainures rappellent les doigts de la main qui accomplit les bonnes œuvres. On en vendait sur le parvis de la cathédrale, puis en plomb ou en étain, pour ceux qui voulaient un insigne plus durable.

Le sens s’est inversé avec le temps : la coquille signalait le retour, elle signale désormais le départ. Sur les bornes et les panneaux, une coquille stylisée balise les chemins de Compostelle à travers toute l’Europe. Beaucoup d’associations jacquaires en remettent une au pèlerin, avec la crédenciale, lors d’une bénédiction à la messe de départ. Ces objets disent beaucoup du sens du pèlerinage, qui reste un départ vers un lieu saint.

Dans l’iconographie, saint Jacques porte la coquille au chapeau ou sur la pèlerine, et les jacquets des églises du Puy à Santiago la reprennent en façade, au-dessus des portes des hôpitaux de pèlerins.

Le bourdon, bâton et troisième jambe

Le bourdon est le grand bâton du pèlerin, plus haut que l’épaule, souvent terminé par une pointe ferrée et une gourde accrochée à un crochet ou à une cordelette. Le sermon Veneranda dies du Codex Calixtinus lui donne un sens : il aide à se défendre des loups et des chiens, figures du démon, et il est la troisième jambe du marcheur, image de la Trinité. La bénédiction du bâton et de la besace faisait partie du rituel de départ médiéval, et plusieurs paroisses l’ont reprise.

Aujourd’hui, le bourdon en bois de châtaignier ou de noisetier côtoie les bâtons télescopiques. Les deux ont leurs partisans :

Bâton Avantages Limites
Bourdon en bois Solide, symbolique, utile pour écarter un chien Lourd, une seule main, gênant dans le train
Bâtons télescopiques Soulagent genoux et dos, se rangent sur le sac Moins traditionnels, pointes bruyantes sur l’asphalte

Sur la voie du Puy, j’ai marché la première fois avec un bourdon taillé par un voisin, la seconde avec deux bâtons : mes genoux ont préféré la seconde, mon cœur la première.

Besace, gourde, chapeau et pèlerine

  • La besace (ou panetière, ou « escarcelle ») : petit sac de cuir porté en bandoulière, ouvert, sans serrure. Le sermon médiéval y voit le signe de la pauvreté du pèlerin, qui doit être prêt à donner et à recevoir.
  • La gourde : longtemps une calebasse séchée, attachée au bourdon.
  • Le chapeau à large bord, relevé devant, sur lequel on fixait coquilles et insignes.
  • La pèlerine : la cape courte qui a donné son nom au vêtement, utile contre la pluie et le froid. Les ponchos de pluie des marcheurs actuels en sont les héritiers directs.

Le sac du pèlerin moderne a remplacé la besace, mais la logique reste la même : porter peu, et accepter l’hospitalité. Un marcheur averti vise un sac d’environ un dixième de son poids, eau comprise, et laisse les objets symboliques compter pour quelques grammes seulement.

Médailles, chapelets et enseignes

Chaque grand sanctuaire a eu ses insignes. Au Moyen Âge, les pèlerins rapportaient des enseignes de plomb coulées sur place, cousues au chapeau : la coquille de Compostelle, les clés de saint Pierre à Rome, la palme de Jérusalem (d’où le nom de « paumiers » donné aux pèlerins de Terre Sainte), la Vierge de Rocamadour ou l’archange du Mont-Saint-Michel. Les archéologues en retrouvent encore dans la Seine et dans les fleuves des villes d’Europe.

La médaille a pris le relais. La plus diffusée est la Médaille miraculeuse, frappée après les apparitions de 1830 à Catherine Labouré, rue du Bac, à Paris. Viennent ensuite les médailles de Lourdes, de saint Benoît, de Fatima, qu’on fait bénir au sanctuaire puis qu’on offre au retour. Le chapelet, enfin, accompagne la plupart des pèlerinages mariaux, et beaucoup de marcheurs le prient en avançant, une dizaine par kilomètre.

Les mots du pèlerin

Le lexique du pèlerinage garde la trace de ces objets et des destinations, jusque dans le nom des marcheurs : jacquets ou jacquaires vers Compostelle, romieux ou romées vers Rome, paumiers vers Jérusalem, miquelots vers le Mont-Saint-Michel. La crédenciale, carnet de tampons qui ouvre les gîtes et prouve le parcours, est l’héritière des lettres de recommandation que l’évêque remettait au pèlerin pour lui ouvrir les portes des monastères et des hôpitaux.

Questions de pèlerins

Pourquoi la coquille Saint-Jacques est-elle le symbole des pèlerins ?

Au Moyen Âge, les pèlerins la rapportaient des côtes de Galice comme preuve de leur passage à Compostelle. Le Codex Calixtinus lui donne aussi un sens spirituel : ses rainures évoquent la main ouverte qui fait le bien.

Comment s'appelle le bâton du pèlerin ?

Le bourdon : un grand bâton de bois, souvent ferré, auquel on accroche une gourde. Beaucoup de marcheurs actuels lui préfèrent des bâtons télescopiques, plus légers et meilleurs pour les genoux.

Où acheter une coquille pour le chemin de Compostelle ?

Les associations jacquaires, les sanctuaires de départ comme Le Puy-en-Velay et la plupart des boutiques de pèlerinage en vendent pour quelques euros. Certaines paroisses l'offrent lors de la bénédiction des pèlerins.

Faut-il faire bénir les objets de pèlerinage ?

Rien ne l'impose, mais c'est l'usage pour les médailles, chapelets et coquilles. Un prêtre les bénit à la sortie de la messe ou lors d'une bénédiction des pèlerins au départ.

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