Le Camino francés : de Saint-Jean-Pied-de-Port à Santiago
Le Camino francés est la route historique qui part de Saint-Jean-Pied-de-Port, franchit les Pyrénées et traverse le nord de l’Espagne sur environ 780 km jusqu’à la cathédrale de Santiago. Il faut 30 à 35 jours de marche pour le parcourir en entier. C’est la plus suivie de toutes les routes jacquaires : une ville ou un village tous les quelques kilomètres, des albergues partout et une foule cosmopolite.
Saint-Jean-Pied-de-Port, porte des Pyrénées
La petite cité basque, avec ses remparts et sa rue de la Citadelle, accueille les marcheurs venus de la voie du Puy, de Vézelay ou de Tours, et ceux qui arrivent en train depuis Bayonne pour commencer leur route. L’accueil des pèlerins, tenu par des bénévoles, délivre crédenciales, informations météo et listes d’hébergements. La veille du départ, la ville se remplit de sacs à dos et de conversations dans toutes les langues.
Le passage des Pyrénées : route Napoléon ou Valcarlos
La première étape est la plus redoutée. Par la route Napoléon, on monte d’environ 1 200 m jusqu’au col de Lepoeder, vers 1 430 m d’altitude, avant de redescendre à Roncevaux : environ 25 km et sept à neuf heures de marche. Le paysage est grandiose, mais il n’existe presque aucun abri en route. En hiver, et dès que le temps se dégrade, les autorités de Navarre ferment ou déconseillent ce passage ; l’itinéraire par Valcarlos, en fond de vallée, prend alors le relais.
Coupez l’étape en deux si vous doutez de vos jambes : le refuge d’Orisson, à 8 km du départ, se réserve longtemps à l’avance.
Les grandes sections du Camino
| Section | Repères | Jours |
|---|---|---|
| Navarre | Roncevaux, Pampelune, Puente la Reina, Estella | 5 à 6 |
| La Rioja | Logroño, Nájera, Santo Domingo de la Calzada | 3 à 4 |
| Burgos et la Meseta | Burgos, Castrojeriz, Frómista, Sahagún | 8 à 9 |
| León et le Bierzo | León, Astorga, Cruz de Ferro, Ponferrada | 6 à 7 |
| Galice | O Cebreiro, Sarria, Portomarín, Arzúa | 7 à 8 |
Navarre et Rioja
Après Roncevaux, la descente vers Pampelune traverse des forêts de hêtres et des villages basques. Puente la Reina, avec son pont roman, marque la jonction avec la voie aragonaise venue du Somport. En Rioja, les vignes dominent. À Santo Domingo de la Calzada, la cathédrale abrite un poulailler vivant, souvenir d’une légende de pendu sauvé, que les pèlerins se racontent volontiers.
La Meseta
Entre Burgos et León, le haut plateau castillan déroule près de 200 km de champs de céréales sous un ciel immense. Certains la trouvent monotone et prennent le bus ; d’autres y vivent les plus beaux jours de leur route, dans le silence et la régularité des pas. Les points d’eau sont espacés, l’ombre rare, le vent fréquent.
León, le Bierzo et la montée en Galice
Les cathédrales de Burgos et de León, la basilique San Isidoro, le palais épiscopal de Gaudí à Astorga ponctuent la seconde moitié. À la Cruz de Ferro, vers 1 500 m, la coutume veut que chacun dépose une pierre apportée de chez soi. O Cebreiro, village de pierre au sommet d’une rude montée, ouvre la Galice : pluie fine, châtaigniers, bornes kilométriques qui égrènent la distance restante.
Albergues et vie quotidienne
Le réseau d’hébergement est le plus dense de tous les chemins :
- albergues municipaux et paroissiaux : dortoirs à petit prix ou en donativo, réservés aux porteurs de crédenciale, souvent sans réservation possible ;
- albergues privés : un peu plus chers, plus confortables, réservables ;
- hostales, pensiones et casas rurales : chambres individuelles pour souffler une nuit.
Les bars de village servent un « menu del peregrino » le soir, avec entrée, plat, dessert et vin. Les albergues publics ferment leurs portes vers 22 heures et demandent de partir avant 8 heures. Dans les dortoirs de cinquante lits, des bouchons d’oreilles se révèlent vite indispensables.
Je garde un souvenir très net des messes du soir dans les petites églises de Castille, où le prêtre appelle les marcheurs à l’autel pour les bénir dans leur langue.
Partir de Sarria, León ou Burgos
Sarria se trouve à un peu plus de 100 km de Santiago : c’est le départ minimum pour obtenir la Compostela à pied, et donc le plus fréquenté. De mai à octobre, les cinq dernières étapes ressemblent à une procession continue de groupes scolaires, de paroisses et de familles. Les albergues publics de Galice ne prennent pas de réservation : arrivez tôt ou réservez dans le privé.
Pour une expérience plus proche de la route complète, León (environ 310 km) ou Burgos (environ 490 km) offrent deux à trois semaines de marche avec une vraie diversité de paysages. Le Bureau des pèlerins de Santiago compte chaque année Sarria comme le premier point de départ, loin devant Saint-Jean-Pied-de-Port.
Arriver à Santiago
Après le Monte do Gozo, d’où l’on aperçoit enfin les tours de la cathédrale, il reste cinq kilomètres de faubourgs. L’entrée par la place de l’Obradoiro, sous la façade baroque, reste un moment fort, quelle que soit la fatigue. Sur les deux routes, j’ai vu des marcheurs pleurer sur ces dalles sans pouvoir dire pourquoi.
On passe ensuite à l’Oficina de Acogida al Peregrino, rúa Carretas, avec sa crédenciale, puis à la messe des pèlerins. Le rite de l’abrazo à la statue de saint Jacques, derrière le maître-autel, et la visite de la crypte où repose la châsse de l’apôtre terminent la route. Beaucoup prolongent jusqu’à Fisterra et Muxía, sur l’Atlantique, en trois ou quatre jours de plus.
Aller au départ, rentrer de Galice
Pour rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port, le plus simple reste le train jusqu’à Bayonne, puis le TER de la ligne de la Nive, qui remonte la vallée en un peu plus d’une heure. En été, les rames du soir sont pleines de bâtons et de sacs. Ceux qui partent de Pampelune ou de Burgos y arrivent par avion via Madrid ou Bilbao, puis en bus.
Le retour depuis Saint-Jacques-de-Compostelle se fait en avion, avec des vols directs ou une correspondance vers Paris, Lyon ou Genève selon la saison, ou en train vers Madrid puis Hendaye. Les marcheurs qui rentrent par la route empruntent les autocars de ligne vers Irun et la frontière. Réservez le retour une fois à mi-parcours, quand la date d’arrivée devient prévisible : les prix grimpent vite fin juillet et en août.
Questions de pèlerins
Combien de kilomètres fait le Camino francés ?
Environ 780 km séparent Saint-Jean-Pied-de-Port de la cathédrale de Santiago, selon les variantes retenues. La plupart des marcheurs les parcourent en 30 à 35 étapes. Le prolongement vers Fisterra ajoute près de 90 km.
Faut-il réserver les albergues sur le Camino francés ?
Les albergues municipaux fonctionnent en général dans l'ordre d'arrivée, sans réservation. Les albergues privés et les pensions acceptent les réservations, très utiles entre Sarria et Santiago en été. Au printemps et en automne, on trouve presque toujours un lit en arrivant avant 15 heures.
Quand la route Napoléon est-elle fermée ?
Le passage par le col de Lepoeder est fermé ou fortement déconseillé en hiver, en pratique de novembre à mars, et peut l'être aussi par mauvais temps à d'autres saisons. L'accueil des pèlerins de Saint-Jean-Pied-de-Port donne la consigne du jour. L'itinéraire de Valcarlos reste alors praticable.
Peut-on faire le Camino francés en trois semaines ?
En trois semaines, la route complète demande plus de 35 km par jour, ce qui est trop pour la plupart des marcheurs. Mieux vaut partir de Burgos ou de León. Une autre solution consiste à couper le parcours en deux voyages.