La voie du Puy (GR 65) : étapes, difficulté et hébergements
Le chemin du Puy-en-Velay, ou via Podiensis, relie la cathédrale du Puy à Saint-Jean-Pied-de-Port sur environ 755 km, balisés en rouge et blanc sous le nom de GR 65. Comptez de 30 à 35 jours de marche pour l’ensemble, en une fois ou en plusieurs tronçons d’une semaine. C’est la plus fréquentée des routes françaises vers Saint-Jacques-de-Compostelle, et sans doute la mieux équipée en gîtes.
Le départ du Puy-en-Velay
Le Puy est une ville de pèlerinage à part entière : la cathédrale Notre-Dame, perchée en haut de la rue des Tables, attire les fidèles depuis le Moyen Âge. Au milieu du Xe siècle, l’évêque Godescalc part de là vers la Galice, et le Codex Calixtinus fait du Puy le point de départ d’une des quatre routes. Chaque matin, une messe suivie d’une bénédiction des pèlerins réunit les marcheurs avant le départ ; on descend ensuite les marches de la cathédrale, sac sur le dos, et le balisage commence aussitôt.
Retirez votre crédenciale avant de partir, à l’accueil de la cathédrale ou auprès d’une association jacquaire : les gîtes la demandent dès le premier soir.
Le tracé, section par section
L’Agence des chemins de Compostelle découpe l’itinéraire en 32 étapes de 14 à 34 km. Les chiffres du tableau correspondent à un rythme de 20 à 25 km par jour.
| Section | Paysage | Jours de marche |
|---|---|---|
| Le Puy → Aumont-Aubrac | Velay, gorges de l’Allier, Margeride | 4 à 5 |
| Aumont-Aubrac → Conques | Plateau de l’Aubrac, vallée du Lot | 5 à 6 |
| Conques → Cahors | Figeac, causses du Quercy | 6 à 7 |
| Cahors → Moissac | Quercy blanc, vignes, vergers | 3 |
| Moissac → Aire-sur-l’Adour | Lomagne, Gers, Armagnac | 6 à 7 |
| Aire-sur-l’Adour → Saint-Jean-Pied-de-Port | Béarn, Navarrenx, Pays basque | 5 à 6 |
Les grands moments du parcours
- L’Aubrac : un plateau d’altitude, autour de 1 200 à 1 300 m, sans arbres ni abri, magnifique en mai quand les narcisses fleurissent, rude par temps de brouillard.
- Conques : le village et l’abbatiale Sainte-Foy, au trésor d’orfèvrerie médiévale, se découvrent au fond d’une descente raide. Les moines prémontrés y accueillent des pèlerins et proposent une bénédiction le soir.
- Figeac et la variante du Célé : après Figeac, une variante suit la vallée du Célé par des villages accrochés aux falaises, avant de retrouver le GR 65 à Cahors. Une autre permet de rejoindre Rocamadour.
- Cahors : on quitte la ville par le pont Valentré, l’un des plus photographiés du chemin.
- Moissac : le cloître et le tympan de l’abbaye Saint-Pierre comptent parmi les sommets de l’art roman.
- Le Gers et le Béarn : longues étapes vallonnées entre champs de maïs et villages fortifiés, avec La Romieu, Condom et Navarrenx.
En 1998, l’UNESCO a retenu sept tronçons de sentier de la via Podiensis dans le bien jacquaire français inscrit au patrimoine mondial, avec des dizaines d’églises, de ponts et d’hôpitaux anciens.
Difficulté réelle
La voie du Puy n’est pas un sentier de haute montagne, mais elle n’est jamais plate jusqu’au Lot. Les dix premiers jours enchaînent montées et descentes : sortie du Puy, gorges de l’Allier, descente vers Conques, remontée de l’autre côté du Dourdou. Les genoux souffrent plus que le souffle. À partir du Quercy, les dénivelés diminuent, mais les causses offrent peu d’ombre et peu de points d’eau.
Les ampoules arrivent le plus souvent entre le troisième et le sixième jour, quand l’enthousiasme pousse à forcer. Une étape de 25 km avec 600 m de montée cumulée prend sept à huit heures, pauses comprises, pour un marcheur moyen.
Gîtes, chambres d’hôtes et accueil jacquaire
Le GR 65 aligne une offre très dense, souvent tous les 5 à 10 km :
- gîtes communaux : dortoirs simples, cuisine partagée, tarifs bas, parfois sans réservation ;
- gîtes privés : dortoirs ou petites chambres, demi-pension avec repas commun, la formule la plus répandue ;
- accueils religieux et jacquaires : monastères, paroisses, familles bénévoles, souvent en participation libre ;
- chambres d’hôtes et hôtels : plus chers, mais précieux pour récupérer une nuit.
De mai à septembre, réservez au moins la veille, et plusieurs jours à l’avance pour Conques, Estaing, Saint-Chély-d’Aubrac ou Lectoure. Des services de portage transportent votre sac d’un hébergement à l’autre pour une dizaine d’euros par jour environ ; plusieurs taxis spécialisés assurent aussi le retour vers Le Puy.
La vie en gîte suit un rythme régulier. On arrive entre 14 et 16 heures, on lave son linge à la main, on fait tamponner le carnet, puis le dîner réunit tout le monde autour d’une grande table : soupe, plat du terroir, aligot sur l’Aubrac, vin de Cahors plus loin. Les conversations mélangent les langues, les itinéraires et les raisons de partir. L’extinction des feux se fait tôt, vers 22 heures, et les premiers sacs se bouclent dès 6 heures. Pour l’eau et le ravitaillement, les villages sont assez rapprochés jusqu’à Figeac ; sur les causses et dans le Gers, partez avec deux litres et de quoi déjeuner, car certaines épiceries ferment le lundi ou à l’heure du repas.
Saison, premiers tronçons et trains
La saison s’étire d’avril à octobre. Avant mi-avril, l’Aubrac peut garder de la neige et beaucoup de gîtes n’ont pas rouvert. Mai et juin restent les mois les plus prisés : les départs du Puy sont alors nombreux, et l’on marche avec les mêmes visages pendant des jours. Septembre offre une lumière dorée sur le Quercy et des gîtes moins pleins.
Pour une première semaine, deux tronçons fonctionnent bien : Le Puy–Conques, en dix jours environ, et Figeac–Moissac, plus doux, en une semaine. Le Puy se rejoint en train via Saint-Étienne ou Lyon ; Saint-Jean-Pied-de-Port, au bout, est desservi par le TER depuis Bayonne. La gare de Figeac et celle de Cahors permettent de couper la route en plusieurs étés.
Prévoyez des étapes quotidiennes modestes au départ, 15 à 18 km, puis allongez la distance quand les pieds ont pris le rythme. La marche se fait tôt : sur ce tracé, je quittais le gîte vers 7 heures et j’arrivais avant les fortes chaleurs de l’après-midi.
Questions de pèlerins
Combien de jours pour faire Le Puy–Conques à pied ?
Comptez neuf à onze jours pour environ 200 km, selon votre rythme et le nombre de jours de repos. Le tronçon traverse la Margeride et l'Aubrac, avec un relief soutenu. Beaucoup en font leur première semaine sur le chemin.
Faut-il réserver les gîtes sur le GR 65 ?
En mai, juin et septembre, il vaut mieux réserver la veille, et plus tôt pour les villages très demandés comme Conques. En juillet et août, les familles remplissent aussi les gîtes. Hors saison, plusieurs établissements ferment, ce qui impose d'appeler avant de partir.
Quelle est l'étape la plus dure de la voie du Puy ?
Les marcheurs citent souvent la traversée de l'Aubrac par mauvais temps et la descente raide vers Conques. La sortie du Puy, avec sa montée continue, surprend aussi les jambes encore fraîches. Le Pays basque, en fin de parcours, réserve quelques côtes sévères.
Peut-on faire la voie du Puy en plusieurs fois ?
Oui, c'est même la pratique la plus courante. On marche une ou deux semaines, on rentre en train depuis une gare proche du chemin, puis on reprend au même endroit l'année suivante. La crédenciale accepte ces reprises.