Saint-Michel, du Mont-Saint-Michel au Gargano
Le pèlerinage à saint Michel archange suit une série de sanctuaires perchés, presque toujours sur un rocher, une île ou une montagne : Monte Sant’Angelo dans les Pouilles, la Sacra di San Michele dans le Piémont, le Mont-Saint-Michel en Normandie, et plus loin St Michael’s Mount en Cornouailles ou Skellig Michael au large de l’Irlande. Le plus ancien, celui du Gargano, a servi de modèle aux autres.
Michel, chef des anges dans la Bible
Michel apparaît dans le livre de Daniel comme le protecteur du peuple d’Israël, dans l’épître de Jude comme l’archange qui dispute avec le diable, et dans l’Apocalypse comme le chef des anges qui combat le dragon. La tradition chrétienne en a fait le défenseur de l’Église et le guide des âmes au moment de la mort, d’où les balances qu’il tient souvent dans les tympans romans. Il est fêté le 29 septembre avec Gabriel et Raphaël ; le Gargano célèbre aussi le 8 mai, date liée aux apparitions.
Le culte s’est implanté sur les hauteurs : le « Mont » est le lieu de l’ange, entre ciel et terre. Beaucoup de chapelles Saint-Michel, en Bretagne, en Auvergne ou dans les Alpes, se dressent sur un piton, comme Saint-Michel-d’Aiguilhe au Puy-en-Velay, que les marcheurs de la voie du Puy voient en quittant la ville.
Monte Sant’Angelo, la grotte de l’archange
Sur le promontoire du Gargano, dans les Pouilles, la tradition rapporte que l’archange apparut vers 490 dans une grotte de la montagne, en présence de l’évêque de Siponto, et qu’un premier sanctuaire y fut consacré peu après, en 493. Pour les fidèles, c’est le seul sanctuaire de Michel qui ne fut pas consacré par un évêque, l’archange l’ayant, selon le récit, consacré lui-même.
On y descend par un long escalier couvert depuis le portail du XIIIe siècle jusqu’à la grotte, devenue une église où la messe est célébrée sous la roche. Les Lombards, maîtres de la région à partir du VIIe siècle, ont fait de Michel leur protecteur et répandu son culte dans toute l’Italie. Depuis 2011, le sanctuaire fait partie du bien Unesco « Les Lombards en Italie, lieux de pouvoir (568-774) ».
Au Moyen Âge, Monte Sant’Angelo était une étape des pèlerins qui descendaient vers les ports des Pouilles pour s’embarquer vers Jérusalem : la Via Sacra Langobardorum prolongeait la via Francigena au sud de Rome. Papes, rois et saints y sont passés, et l’on montre dans la grotte des inscriptions laissées par les pèlerins de cette époque.
La Sacra di San Michele et le Mont-Saint-Michel
La Sacra di San Michele domine le val de Suse, à l’ouest de Turin, sur le mont Pirchiriano. Fondée autour de l’an mil, l’abbaye s’élève sur la roche, et son grand escalier, dit des Morts, monte entre les piliers vers l’église. Elle se rejoint à pied depuis la vallée par un sentier de pèlerins, ou par la route jusqu’au parking.
Le Mont-Saint-Michel est né d’une histoire proche de celle du Gargano. Selon la tradition, l’archange apparut en 708 à saint Aubert, évêque d’Avranches, et lui demanda de bâtir un sanctuaire sur le mont Tombe ; Aubert envoya des moines au Gargano chercher des reliques, un fragment du manteau rouge et un morceau de l’autel de la grotte. L’abbaye bénédictine a suivi au Xe siècle. Les pèlerins, les « miquelots », y venaient de toute l’Europe, et les chemins du Mont convergent toujours vers la baie, où la traversée de la baie à pied avec un guide reste la façon la plus ancienne d’arriver.
La « ligne sacrée » de saint Michel
Une idée circule depuis quelques décennies : sept sanctuaires de Michel seraient alignés sur une même droite, de l’Irlande à la Terre Sainte. La liste la plus courante :
- Skellig Michael, en Irlande ;
- St Michael’s Mount, en Cornouailles ;
- le Mont-Saint-Michel, en Normandie ;
- la Sacra di San Michele, dans le Piémont ;
- Monte Sant’Angelo, dans les Pouilles ;
- le monastère de saint Michel à Symi, en Grèce ;
- le mont Carmel, en Israël.
La légende y voit la trace du coup d’épée porté par l’archange au démon. Sur une carte, l’alignement n’est qu’approximatif, et les historiens le tiennent pour une coïncidence : ce qui relie réellement ces lieux, c’est une dévotion partagée et des échanges de moines, de reliques et de récits. J’y vois surtout une belle idée d’itinéraire pour qui veut enchaîner plusieurs sanctuaires de l’archange.
Organiser un pèlerinage à saint Michel
- Monte Sant’Angelo : aéroport de Bari ou de Foggia, puis environ une heure et demie à deux heures de route ; quatre jours suffisent avec San Giovanni Rotondo, à une vingtaine de kilomètres, où repose Padre Pio.
- La Sacra di San Michele : une journée depuis Turin, en train jusqu’à Sant’Ambrogio puis à pied.
- Le Mont-Saint-Michel : un week-end depuis Paris, en train jusqu’à Pontorson ou Rennes puis navette, ou à pied sur les chemins des miquelots.
Questions de pèlerins
Où est apparu saint Michel archange ?
La tradition situe sa première apparition en Occident vers 490 dans une grotte du mont Gargano, à Monte Sant'Angelo, dans les Pouilles. Au Mont-Saint-Michel, elle rapporte une apparition à saint Aubert, évêque d'Avranches, en 708.
Quelle est la ligne sacrée de saint Michel ?
Une tradition récente aligne sept sanctuaires de l'archange de l'Irlande à Israël, dont le Mont-Saint-Michel, la Sacra di San Michele et Monte Sant'Angelo. L'alignement est approximatif et relève de la légende, mais les liens historiques entre ces sanctuaires sont bien réels.
Quand fête-t-on saint Michel archange ?
Le 29 septembre, avec les archanges Gabriel et Raphaël. Le sanctuaire du Gargano célèbre aussi le 8 mai, en souvenir des apparitions, et le Mont-Saint-Michel fête la dédicace de son sanctuaire à l'automne.
Comment aller à Monte Sant'Angelo ?
Le plus simple est de prendre l'avion jusqu'à Bari, puis de louer une voiture ou de rejoindre Foggia en train et Monte Sant'Angelo en bus. Le bourg est perché à près de 800 mètres d'altitude sur le Gargano.